Les bienfaits de l'écriture sont innombrables. Vertus anti-stress mais aussi thérapeutiques, l'écriture peut être un excellent outil de travail sur soi.
Ecriture | Réflexions

Les bienfaits de l’écriture (1/3) : écrire pour guérir

18 janvier 2019

Aujourd’hui je vous propose le premier post d’une série sur les bienfaits de l’écriture. C’est un sujet qui me semble crucial, car je suis persuadée que l’écriture n’est pas une activité réservée aux auteurs, qu’ils soient débutants ou confirmés. L’écriture n’est pas l’apanage des écrivains, et cette dernière peut nous apporter beaucoup au quotidien, sans même que l’on s’en rende compte. Alors pourquoi ne pas profiter de cette nouvelle année pour pratiquer librement et régulièrement cette magnifique activité? Je vais dans ce premier article me pencher sur de l’écriture comme outil de guérison. Car derrière l’aspect banal de l’acte d’écriture se cachent des vertus plutôt étonnantes!

La recherche scientifique et médicale se penche en effet de plus en plus sur l’expressivité émotionnelle. En verbalisant par les mots ses pensées et ses troubles, nous activons certaines zones de notre cerveau, avec pour principale conséquence une amélioration générale de notre état d’esprit. L’écriture expressive, nous allons le voir, est désormais un outil efficace utilisé aussi bien en psychiatrie qu’en développement personnel. Écrire peut nous fait du bien. Certes. Mais dans quelles mesures l’écriture peut-elle s’apparenter à une véritable thérapie?

Lutter contre le stress et l’anxiété


 Il semblerait que tenir un stylo entre les mains et tracer des lettres sur le papier ait de nombreuses vertus thérapeutiques. Ainsi, l’acte d’écriture serait bon aussi pour la santé physique que mentale. Mais comment l’écriture peut-elle lutter concrètement contre le stress, l’anxiété, voire la dépression? Les études scientifiques sont encore balbutiantes sur ce sujet, mais ne cesse d’augmenter depuis quelques années. Les ateliers d’écriture sont de plus en plus utilisés dans les milieux hospitaliers, les maisons de retraites ainsi qu’en psychiatrie.

Dans les années 1980, James Pennebaker, professeur en psychologie à l’Université du Texas, imagine une méthode d’exploration de soi via l’écriture. Dans son ouvrage Opening Up by Writing It Down, le scientifique décrit son projet à travers une expérience inédite. Il demande à deux groupes de patients atteint d’asthme ou d’arthrite d’écrire pendant 15 à 20 minutes par jour, pendant 3 à 4 jours. La consigne du premier groupe : décrire l’expérience la plus perturbante ou traumatisante de leur vie, de manière spontanée, sans se soucier du style, de la grammaire ou de l’orthographe. Le deuxième groupe devait quand à lui écrire sur des sujets superficiels, comme le programme de leur journée. A la fin de l’expérience, les sujets du premier groupe (et seulement du premier groupe) ont senti une amélioration de leur humeur et de leur énergie. Un résultat confirmé par des test cliniques. Les patients qui avait décrit leurs émotions les plus stressantes ont vu en effet une amélioration de leur santé physique : amélioration du système immunitaire, baisse de la pression artérielle, soulagement de douleurs articulaires ou des crises asthmatiques, diminution des signes de stress et d’anxiété, contrairement à ceux eux qui avait écrit sur des sujets banals du quotidien.

En psychologie et en psychiatrie, la verbalisation des émotions est ainsi cruciale dans le processus de guérison. Les travaux de Pennebaker tendent à montrer les effets de l’expression émotionnelle (verbale ou non-verbale) sur l’état de santé des patients. Quand on ne parvient pas à parler ou à se confier à autrui, l’écriture agit comme médiateur pour poser des mots sur des troubles, des traumatismes, des expériences négatives, parfois indicibles.

A. Piolat et R. Bannour, en référence à Pennebaker ont publié une étude sur l’effet de l’écriture expressive sur l’état d’anxiété d’étudiants. Ceux-ci ont été invités à exprimer leurs sentiments vis-à-vis d’un événement positif (réussite à un examen) et un événement négatif (échec à un examen). Les étudiants utilisent un vocabulaire émotionnel plus riche lorsqu’ils décrivent un événement positif que lorsqu’ils relatent un événement négatif. En conséquence, leur niveau d’anxiété est plus important quand ils décrivent l’événement négatif, ce qui laisse supposer que le fait de ne pas verbaliser l’émotion fait monter le niveau d’anxiété (1)

Ainsi, être attentif à ses émotions et les coucher sur le papier permet d’alléger notre peine et d’améliorer notre moral, de réduire le stress au quotidien. Depuis, la recherche s’intéresse aux bienfaits de l’écriture expressive dans le traitement d’autres pathologies, notamment de la dépression ou de la fibromyalgie. La recherche s’intéresse même à l’écriture comme outil de guérison en cas de blessure :

En 2013, une équipe de médecins néo-zélandais a tenté l’expérience : 49 adultes en bonne santé, âgés de 64 à 97 ans, furent invités à écrire pendant une vingtaine de minutes, 3 jours par semaine, sur leur quotidien ou les problèmes qui les affectaient. Après deux semaines d’arrêt, ils subirent tous une légère incision au bras, et la cicatrisation fut observée au cours des 21 jours qui suivirent. Le 11e jour, 76 % des individus du groupe des écrivains avaient cicatrisé, contre 42 % chez les patients qui ne s’étaient pas prêtés aux séances d’écriture. L’explication résiderait dans l’hormone connue sous le nom de cortisol, qui permet de libérer de l’énergie à partir des réserves de l’organisme. (2)

Une autre étude (3) rapporte les bénéfices de l’écriture expressive pour des patients atteints de dépression majeure. Dans le cas de certaines pathologies psychiatriques, l’exercice d’écriture se concentre non pas sur des traumatismes mais au contraire sur les éléments positifs de la journée. Les patients soumis à ces sessions d’écriture ont vu leur état dépressif nettement s’améliorer. Se concentrer sur des évènements heureux et positifs aide à la régulation des émotions et permet de comprendre la manière de gérer un problème.

L’écriture comme travail sur soi

Depuis quelques années, le développement personnel connaît un essor fulgurant et s’empare à son tour de l’écriture comme outil de travail sur soi. De nombreux livres et auteurs recommandent de pratique l’écriture libre, l’écriture automatique, l’écriture-thérapie, l’écriture personnelle (selon les ouvrages). En fonction de vos envies, de vos besoins, de vos émotions du moment, vous pouvez essayer différents types d’exercices.  Prendre un crayon, vous poser quelques minutes, et déverser tout ce qui vous passe par la tête, qu’il s’agisse des derniers rêves que vous avez fait ou des personnes que vous avez croisé dans la rue. Ou encore, cherchez à poser des mots sur une pensée négative, un évènement contrariant, et décrivez ce que vous avez précisément ressenti à cet instant. Si vous souhaitez essayer la méthode initiée par Pennebaker : relatez une expérience douloureuse, au cours d’une session d’une quinzaine de minutes, et répétez l’exercice pendant quelques jours d’affilée.

Parfois, écrire permet d’identifier un point de blocage, de trouver une solution à un problème jugé inextricable. Parfois cela soulage et apaise, tout simplement. L’écriture permet de donner une forme concrète à une pensée abstraite. Elle lui donne corps, l’enrichit, la renforce. Aussi, cette expérience peut être source de découverte, lorsque les mots nous propulsent bien au-delà de ce que l’on imaginait. Découverte de soi, de ses capacités, de pensées longtemps enfouies, d’émotions cachées.

Quand et comment écrire? Quelques conseils

Il existe de nombreux exercices d’écriture expressive. Écrire pour réduire le stress, écrire pour retrouver confiance en soi, écrire pour stimuler sa créativité. Quelque soit la raison pour laquelle vous avez décidé d’écrire, voici quelques conseils pour ne pas laisser tomber l’exercice au bout de quelques jours :

  • Créer un rituel. Pour que l’écriture devienne un rite, il vous faut avant tout un lieu et un moment. Le matin au saut du lit, pendant la pause déjeuner, en rentrant du travail ou au moment de se coucher : il n’y a pas de mauvais moment pour écrire. Écrire à son bureau, dans son lit, où dans n’importe quel endroit où vous pouvez trouver quelques minutes de calme.
  • Trouver son rythme d’écriture idéal. Imposez-vous un rythme d’écriture respectable, que vous saurez tenir tous les jours. 5, 10 ou 15 minutes, peu importe. Même une session de quelques minutes, réalisée tous les jours, peut s’avérer bénéfique. De même, ne cherchez pas à écrire une certaine quantité. Une page, deux, trois. Ou juste quelques lignes. Il n’y a aucune règle. L’important c’est de trouver son rythme idéal, celui qui ne fera pas de l’écriture une contrainte, mais un plaisir.
  • Ne pas se juger. Ne faites pas attention à la grammaire, à la syntaxe, à l’orthographe. Et surtout, ne perdez pas de vue que personne ne lira ce que vous écrivez. Vous écrivez pour vous, et vous seul. Aucun jugement, aucune limite. Écrivez comme les choses vous viennent, tout simplement.


    Cela fait quelques mois que je pratique l’écriture libre quasi quotidiennement. Personnellement, j’en ressens tout les bienfaits. En écrivant une page chaque matin, j’ai la sensation de me vider la tête. Je pose par écrit tous les petits tracas, même insignifiants. Je râle sur une trentaine de ligne, ou bien je m’interroge sur des choses diverses. Parfois je n’ai d’autre à écrire que la liste des corvées à faire dans la journée. A aucun moment, je ne me pose de question sur ce que j’écris. J’écris, et c’est tout. Une petite page tous les matins, c’est le deal. Le premier effet que j’ai pu constater, au bout de quelques semaines, c’est une diminution des pensées négatives d’une manière générale. Le matin, je me lève dans le brouillard, fatiguée et de mauvaise humeur, et je déverse toute cette négativité sur ma page blanche. Ça me prend à peine plus de cinq minutes. Sans que j’y pense vraiment, mon esprit s’allège, et je commence ma journée tranquillement. Apaisée.

Bref, je ne saurais que trop vous recommander de tester cette pratique de l’écriture curative. Ça ne prend pas beaucoup de temps ni d’énergie, et les effets sont saisissants.


Pour aller plus loin sur l’écriture expressive et ses bienfaits, je vous recommande ces articles :

Ainsi que les ouvrages de James Pennebaker :

(1) L’utilisation de l’écriture, Thomas Wallenhorst

(2) Une pratique régulière de l’écriture soigne et renforce le corps, Antoine Oury

(3) An everyday activity as a treatment for depression: the benefits of expressive writing for people diagnosed with major depressive

Les bienfaits de l'écriture sont innombrables. Vertus anti-stress mais aussi thérapeutiques, l'écriture peut être un excellent outil de travail sur soi.

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  1. Je suis convaincue des bienfaits de l’écriture.
    Adolescente et jeune adulte, j’ai tenu des carnets intimes, dans lesquels je déversais toutes mes peines (mais aussi mes petits et grands bonheurs). J’ai un jour cessé, et, avec le recul, je me rends compte que c’est lié au mal-être total que je ressentais à cette époque-là (maltraitance verbale de mon ex-mari) – j’aurais peut-être dû continuer…
    J’ai écrit L’étreinte des vagues, un roman plutôt pétillant, loin des textes sombres dont j’étais coutumière, alors que j’allais mal : j’avais besoin de mettre du rose dans ma vie, et l’écrire fut la seule solution.
    Fragments d’âmes a été écrit après une sévère dépression (c’est un roman, je n’en suis pas du tout le sujet), et m’a permis d’enfin la reléguer dans les mauvais souvenirs – dur à écrire, mais tellement libérateur !

    1. Tes deux exemples sont vraiment très intéressants ! :O D’un côté écrire quelque chose de positif et de solaire quand on va mal pour justement espérer aller mieux, c’est vraiment l’une des méthodes utilisées pour soigner les dépressions dans le cadre des dépressions. Retrouver de l’énergie en insufflant de la joie en-dehors de soi. Je trouve ça très beau ! De la même façon, soigner des blessures après coup est une autre alternative pour terminer de guérir, et tourner la page. En lisant ton retour j’en suis plus que convaincue ! 😉

  2. C’est vrai qu’on ne pense pas assez aux bienfaits de l’écriture, même en tant qu’auteur parfois 😊 On sait qu’on adore écrire et on ne cherche pas plus loin…Merci pour ce rappel 😉😀

    1. De rien 😉 J’avoue que depuis que je pratique cette écriture « libre », j’ai l’impression d’avoir réussi à me débloquer par ailleurs et à être plus productive lors de mes sessions…Je crois que j’en profite pour décharger toute la pression que je me mets ! En tout cas, ça fait un bien fou 😉

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