Comment mener une existence créative? L'auteur de Mange, prie, aime livre tous ses conseils dans son ouvrage Comme par magie
Chroniques d'ouvrage | Créativité

Le courage d’une vie créative : Comme par magie, Elizabeth Gilbert

25 janvier 2019

Elizabeth Gilbert est l’auteur du bien connu Mange, prie, aime, roman de voyage dans lequel elle nous embarque dans sa quête de spiritualité à travers l’Italie, l’Inde et l’Indonésie. Pour elle, il ne s’agissait pas d’un voyage comme un autre; après un divorce douloureux, l’auteur cherchait une façon de guérir et de tourner la page. Le partage de cette expérience si personnelle, si intime, de manière sincère et décomplexée a très certainement contribué à l’immense succès du roman. Et à mon sens, ce sont ces mêmes qualités qui font de Comme par magie un ouvrage exceptionnel.

Q : Qu’est-ce que la créativité?

R: La relation entre un être humain et le mystère de l’inspiration

Qu’est-ce qu’une existence créative?


Dans Comme par magie, Elizabeth Gilbert partage avec nous sa vision unique de la créativité, à travers son expérience personnelle. C’est le premier point fort de l’ouvrage : pas de formule secrète, d’assertions pré-fabriquées sur la créativité. Elle choisit de puiser dans son propre processus créatif pour partager son opinion, son point de vue sur l’acte de création, et nous pousse à chercher au fond de nous-même notre propre inspiration. Son but? Nous permettre de vivre une existence pleinement créative.

Le postulat de l’auteur est le suivant : nous avons tous, au fond de nous-mêmes, des « trésors cachés. » Chaque individu possède quelque chose de merveilleux, des pépites singulières qu’il nous faut trouver et exploiter. Vivre une existence créative, c’est se lancer dans cette quête très particulière, celle qui permettra de donner le jour à ces trésors enfouis.

Mais être pleinement créatif, ce n’est pas forcément être artiste à plein temps, ni être le meilleur dans son domaine. Il n’est d’ailleurs pas question uniquement d’art, ici. Être créatif ne saurait se borner aux pratiques purement artistiques, et c’est la le deuxième point fort du livre : nous proposer un art de vie général, pour une existence heureuse, épanouie et magnifiée.

Quand je parle ici « d’existence créative », comprenez bien que je ne veux pas nécessairement dire qu’il faille mener une vie professionnellement ou exclusivement consacrée à l’art (…). Non, je parle là d’une manière plus générale. Je parle de mener une vie gouvernée plus par la curiosité que par la peur.

Itinéraire pour une existence créative

Le livre se décompose en six grandes parties, six grands axes qui permettent de libérer notre créativité : Courage, enchantement, permission, persistance, confiance et divinité.

Pour vivre pleinement sa créativité, il faut se défaire de nos peurs qui nous empêchent d’avancer. Elizabeth Gilbert nous rappelle en qu’il est normal d’éprouver de la peur, et pourquoi cela vaut la peine de s’en débarrasser. L’auteur se penche ensuite sur ce qu’elle appelle la « magie » des idées. La partie « Enchantement » est sans nul doute la partie la plus esotérique de l’ouvrage, avec quelques…débordement mystiques, dirons-nous! (A savoir : les idées auraient une existence propre, et « flotteraient » au-dessus de nous, avant de rencontrer la personne qu’elles souhaitent inspirer. Oui…bon…Certes). Qu’on adhère ou pas, l’idée est la même : il faut savoir accepter les idées qui vont et qui viennent et collaborer de manière souple et joyeuse avec cet étrange phénomène qu’est l’inspiration. Rien ne sert de s’apitoyer sur son sort : mieux vaut éprouver respect et gratitude pour les idées qui nous traversent, et dédramatiser si une idée nous quitte brutalement. J’aime beaucoup cette forme de pragmatisme qui se dégage malgré tout d’un discours qui parle de magie et d’idées flottantes (!)

Mais ce n’est pas tout que d’adopter une posture positive envers l’inspiration : encore faut-il s’autoriser, soi, à être créatif. Car nous n’avons besoin de l’autorisation de personne pour mener une vie créative. Mais le blocage vient aussi parfois (et souvent) de nous-même : peur de l’échec, sentiment de nullité voire d’imposture…Or nous n’avons aucune raison de nous flageller de la sorte. L’être humain est un être éminemment créatif, et vous n’avez besoin d’aucun prétexte, d’aucune raison pour vous mettre à créer. Mais juste d’accepter ce que vous avez envie de faire, et vous autoriser à le faire.

Persévérer est une autre étape-clé dans ce chemin vers une existence créative. La discipline. Pratiquer, travailler, ne rien lâcher: voilà ce que vous avez à faire. Il y aura toujours des contraintes et des inconvénients dans ce que vous choisissez d’entreprendre. Tout art, toute discipline a ses mauvais côtés, des choses désagréables qu’il faut accepter. La persistance implique par ailleurs de faire la guerre à un redouble ennemi : le perfectionnisme.

Pour commencer, oubliez la perfection. Nous n’avons pas le temps d’être parfaits. En tout cas, la perfection est impossible à atteindre : c’est un mythe, un piège, une roue pour hamsters où vous vous épuiserez à tourner jusqu’à la mort. (…) Le perfectionnisme empêche les gens d’achever leur travail, certes -mais pire encore, il les empêche souvent de le commencer. Comme les perfectionnistes décident souvent d’avance que le produit final ne sera jamais satisfaisant, ils renoncent dès le départ à être créatifs.

Un autre mythe qu’Elizabeth Gilbert tient à déconstruire, c’est le mythe du martyr. Pour créer, et plus encore pour produire une œuvre exceptionnelle, il faudrait être perpétuellement en souffrance. Avoir vécu des expériences douloureuses pour pouvoir poser sur le papier des mots plus forts, plus vibrants. Combien d’images de poètes tourmentés, d’artistes en proie à diverses addictions avons-vous en tête?

L’icône de l’Artiste tourmenté est prégnante partout dans les arts. Or, tout cela est un ramassis de bêtises. Vous n’êtes pas obligé d’être un martyr. Si vous vous sentez mieux dans une posture de souffrance, pas de problème. Mais rien ne vous y contraint. Vous pouvez prendre votre art avec légèreté (mais toujours avec passion), de manière joyeuse, optimiste et curieuse. Cela ne fera pas de vous un mauvais artiste. Vous allez échouer, c’est certain. Et alors? Vous pouvez vous relevez et continuer, la tête haute. Il faut avant tout apprendre à se faire confiance et à faire confiance à son art.

J’ai ici tenté de résumer dans les grandes lignes les idées qui émanent de Comme par magie. Mais ce qui rend cette lecture véritablement passionnante, c’est la manière dont Elizabeth Gilbert aborde toutes ces notions : en les reliant à sa vie personnelle. Elle égraine ainsi son récit de mille et une anecdotes, mille et un épisodes de sa vie parfois rocambolesque pour illustrer telle ou telle idée. Elle n’assène aucune vérité, et ne fait finalement que parler de sa modeste expérience, de ce qu’elle a appris, compris, au fur et à mesure des années. Et cette proximité, cette approche sincère et sans tabou rend son récit incroyablement vivant, fin et perspicace.

Pour résumer

Le + : pas de conseil pratique, pas de blabla vide de sens, une expérience personnelle partagée, une source de motivation sans pareil.

Le – : quelques envolées lyriques ça et là, mais finalement, ce n’est pas très gênant à la lecture (à l’inverse de l’ouvrage de Julia Cameron, sur lequel je reviendrai bientôt). Et surtout, compte tenu des bénéfices de l’ouvrage, ce n’est là qu’un tout petit, tout petit point négatif.

Pas de recette miracle, donc, avec Comme par magie, mais de l’inspiration. Beaucoup d’inspiration, de force et d’énergie. C’est le premier ouvrage de ce genre qui soit parvenu à me donner une véritable détermination. Je l’ai déjà lu deux fois, et je compte le relire régulièrement pour toujours m’imprégner de son optimisme flamboyant. Comme par magie est tout simplement le meilleur essai sur la créativité que j’ai lu jusqu’à présent. La sincérité et la spontanéité de son auteur en font un ouvrage unique et véritablement utile. Cette lecture me rappelle à l’ordre, quand je sens que je commence à baisser les bras. Et me rappelle pourquoi je suis là, et pourquoi j’ai décidé d’écrire, coûte que coûte.

Comment mener une existence créative? L'auteur de Mange, prie, aime livre tous ses conseils dans son ouvrage Comme par magie

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  1. Je l’avais vu à la fnac mais je n’ai pas osé l’acheter. Pourtant je suis très curieuse, je suis en recherche d’ouvrages qui m’aident à amoindrir ma pression concernant mon temps de production. Par exemple, pour être rigoureuse je m’ordonne un nombre de mots à écrire tous les jours, que je tiens de moins en moins difficilement mais pour moi ce n’est pas assez, mon idéal, que je ne pourrais jamais atteindre c’est d’écrire toute la journée. Je sais que ce n’est pas réalisable. C’est pour ça que je cherche des livres parlant de processus de création parce qu’il n’y a pas qu’une manière de faire. Du coup je trouve dans Lettres à un jeune poète de Rilke de très très beaux conseils que tout le monde devrait suivre.

    1. Les lettres à un jeune poète sont effectivement un très bel ouvrage, en la matière, tu as raison! En tout cas ce que j’ai vraiment adoré avec le livre d’Elizabeth Gilbert c’est que son discours est très « parlant » même pour un auteur débutant / non-publié…Il est susceptible de parler à toute personne qui se sent créative, en fin de compte. Sa manière de déconstruire les préjugés et de mettre à mal tous les processus d’auto-flagellation qu’on peut s’imposer est très déculpabilisante. A une époque, je me rêvais moi-même comme écrivain à plein temps, je m’imaginais derrière mon clavier ou le stylo à la main toute la journée, remplissant des pages entières avec aucune autre préoccupation en tête…Une vision fantasmée qui ne correspond à aucune réalité tangible. Ca m’a fait du bien de le comprendre, et de ranger cette vision là au placard, ça me permet de « mieux vivre » mon désir d’écriture 🙂 En tout cas, vraiment, si tu as l’occasion de lire Comme par magie, je ne peux que te le recommander chaudement ! 😉

  2. Oh il me tentait aussi depuis quelques temps mais j’avais peur que ce soit « beaucoup de bruit pour rien ». Mais ton retour me rassure un peu et renforce encore mon envie…Cela dit, j’ai déjà plusieurs bouquins sur l’écriture en elle-même qui m’attendent, donc ce sera pour plus tard. Mais je le garde sur ma wishlist. Merci pour ce partage 😊

    1. De rien 😉 Honnêtement, ce livre a fortement participé à mon « déclic » pour me mettre à écrire, donc peut-être qu’il te semblerait moins « utile » de ce point de vue, mais en même temps je m’y replonge dès que j’ai un coup de mou niveau motivation ou inspiration, j’y puise de l’énergie pour m’y remettre et me rassurer 😉 Un bon investissement futur, donc 😀 !

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